Il y a 50 ans : Le retour du Feuillu à Confignon
Par Jeanne Blanchet - Avril 2006
Ci-dessous une petite partie de l'écrit de Madame Blanchet. Je vous invite à lire tout son message sur le site de la commune de Confignon en cliquant ici
1. Petit historique
Le Feuillu ou Foeillu est une tradition qui se perd dans la nuit des temps. On suppose qu'elle est d'origine celtique et qu'elle célébrait le retour du printemps. C'était probablement une fête initiatique d'adolescents qui donnait lieu à des libations. Sa nature païenne explique certainement pourquoi, au XVIe siècle, Calvin l'a fait interdire dans les communes genevoises.
Par la suite, on a continué à fêter le Feuillu, mais sous une forme édulcorée préparée par les enfants et les préadolescents.
La Bête de Mai
A Confignon cela a toujours été la Bête de Mai (même s'il y a eu quelques velléités de Roi et de Reine), mais sa taille avait également diminué.
Pourquoi la Bête ? Sans doute par évocation de l'ours qui, sortant de son hibernation, surgit de la forêt au retour du printemps. On se perd en conjectures…
C'est un grand cône couvert de buis, décoré de fleurs et porté par un adolescent. Un grand mystère subsiste autour de ses origines et de sa signification.
Le retour du Feuillu
La première fois que j'ai vu le Feuillu de Confignon, c'était en 1953. On m'avait dit : « Voilà le Feuillu ! » Il s'agissait d'un énorme champignon, très haut, en papier crépon rouge avec des pois rouges. Il y avait du buis, installé sur un petit char tiré par un percheron.
Mon époux, Maurice Blanchet, natif de Confignon, se souvenait d'antan : ce n'était pas cela, mais la vraie Bête de Mai, suivie du goûter. Puisque j'enseignais à Confignon, il m'a suggéré d'essayer de ressusciter le vrai Feuillu.
J'ai questionné les personnes âgées et j'ai récolté leurs souvenirs. C'est ainsi que la première Bête portée est née en 1955.
En 1956 enfin, la Bête de Mai a été suivie du goûter. Chaque enfant devait apporter une poignée de farine, autant de sucre et un œuf cru, ce qui est encore le cas aujourd'hui. Le « vrai Feuillu » était de retour et voici 50 ans que nous le fêtons chaque premier dimanche de mai.
2. Préparation de la fête
Construction de la Bête
C'est un cône dont, à l'origine, les huit montants étaient faits de branches de noisetier, mais dont le bois séchait et cassait. Ils ont donc été remplacés par des montants de bambous, plus légers et imputrescibles.
Sur cette cage, souvent construite par un ancien élève devenu papa, les enfants tissent un maillage avec de la ficelle synthétique. Il faut environ 500 mètres de ficelle ! Ce tissage est très particulier et certains élèves s'avèrent très doués pour le réaliser.
Couverture de buis
Quelques jours avant la fête, les élèves de la 4ème à la 6ème vont ramasser du buis pour couvrir la bête. À tour de rôle, les enfants tissent alors des petites branches de buis dans le maillage de ficelle. Le buis a un excellent pouvoir couvrant, ses petites feuilles persistantes ne fanent pas et sont légères sur cette carcasse de plus de deux mètres et demi de haut et pesant environ 35 kilos.
Le porteur vient essayer la Bête qui est suspendue sur ses épaules grâce à des bretelles souples. Trouver un porteur constitue toujours un problème !
Les merveilles
Depuis 50 ans, chaque année, la semaine qui précède le premier dimanche de mai, chaque enfant apporte un œuf, une poignée de farine et une poignée de sucre. Avec tous ces ingrédients, on prépare les fameuses merveilles artisanales. Chacun participe ainsi au goûter.
Au début, en 1956, c'était les filles qui préparaient les merveilles dans ma cuisine, mais avec l'accroissement de la population et 14 douzaines d'œufs à transformer en merveilles, il a fallu évoluer ! C'est ainsi que la plus grosse quantité de ces friandises est maintenant préparée par un groupe de mamans bénévoles dans la cuisine de la salle communale.
3. Organisation
La Bête de mai
Au fil des années, la Bête a pris une dimension plus importante qu'elle ne devait l'être à l'origine, et c'est un adolescent qui a alors été chargé de la porter.
Ainsi portée, la Bête peut avancer et reculer, tourner d'un côté ou de l'autre, se pencher. La Bête danse et est vivante. C'est cette Bête que je suis heureuse de voir qui est maintenant une réalité. Je partage cette émotion et j'aimerais communiquer cet enthousiasme à ce monde. J'aimerais que le Feuillu continue.
4. Déroulement de la fête le premier dimanche de mai
Cortège du matin
Le grand souci, c'est le temps que le ciel nous réserve. En général, il fait beau.
Les enfants ont rendez-vous à 9 heures 30 dans la cour de la Mairie. Ils amènent de grosses cloches. L'une d'elle, fondue exprès pour l'occasion et sur laquelle on a gravé le mot Feuillu, a été offerte par Monsieur Jeanneret, enseignant de la Commune.
Le cortège du matin comporte peu d'élèves, mais il a tendance à s'étoffer, ce qui est réconfortant. Et pourtant, c'est le plus beau. Il passe par le chemin de Murcie, suit le bas du village, un coin de la commune plus campagnard et plus proche de la nature.
Les chants
En tête viennent les enfants porteurs de cloches qu'ils agitent bruyamment pour réveiller les gens et annoncer l'arrivée du Feuillu. Suivent les enfants avec des tirelires pour la quête. On chante « Beau mois de mai ». Les enfants sont couronnés de fleurs du plus joli effet.
Beau mois de Mai : Beau mois de Mai, quand reviendras-tu ? M'apporter des feuilles, m'apporter des feuilles ? Beau mois de Mai, quand reviendras-tu ? M'apporter des feuilles pour faire mon Feuillu ?
Le goûter
Pendant ce temps, les papas installent les tables, les mamans et les grands-mamans mettent les nappes blanches en papier et dressent le couvert pour le goûter ; elles décorent le tout avec les fleurs en papier crêpon confectionnées par les élèves. On apporte les corbeilles de merveilles, on prépare les pots de sirop et de crème.
Le cortège poursuit son chemin et s'arrête à la fontaine du Vuillonnex, où les enfants boivent car il fait chaud, on chante encore et la soif est là. On redescend par le chemin de Chaumont jusqu'au chemin Sous-le-Clos. On longe alors le mur du cimetière.
Le cortège se remet alors en marche, lentement, car tout le monde est fatigué, mais ce qui n'a pas changé en 50 ans, c'est la hâte avec laquelle les enfants se précipitent vers les tables du goûter pour boire le sirop, manger les merveilles et la crème ! Encore un Feuillu terminé !
5. Conclusion
Il y a 50 ans, à Confignon, le Feuillu était une fête de jardins. Les mamans s'occupaient de tout et une cinquantaine d'enfants descendions les tables et les bancs dans mon jardin où le cortège allait jusqu'à Cressy. C'était une aventure !
Avec l'accroissement de la population, le goûter a quitté mon jardin et s'est installé au cœur de Confignon. Le Feuillu est redevenu une fête villageoise comme avant Calvin.
6. L'avenir
Le Feuillu a dû quitter un jardin entouré de murs pour s'installer sur la place du Village. Il faut perpétuer cette jolie coutume enfantine, mais quel sera son avenir ?
Il y a 50 ans, chaque habitant avait sa place, on se connaissait et on se retrouvait pour le Feuillu avec joie. Avec la nouvelle physionomie de Confignon, les anciens se sentent en quelque mesure importants : ils ont transmis la tradition du Feuillu, ce lien printanier entre les générations.
En effet, il y a 50 ans, le cortège du matin allait jusqu'à Cressy. Pourquoi ne pas recommencer ? Qu'en pensez-vous ? Il est permis d'espérer et de s'enthousiasmer. En tous cas, la fête du Feuillu fait partie du patrimoine culturel de la Commune de Confignon.
Jeanne Blanchet
Coordinatrice du groupe du Feuillu
Avril 2006
Galerie photos
D'autres photos sur le site de la commune de Confignon en cliquant ici
Les enfants de Confignon s'activent en ce mois de mai 1964. Il s'agit de préparer la fête du Feuillu ! Cliquer sur la photo ci-dessous pour visionner la vidéo sur rts.ch
Quel beau reportage de Madame Blanchet ! Cliquer sur le lien ci-dessous
Merci Madame Blanchet 🌿